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Ce Blog se consacre au développement durable en Afrique. Il diffuse des actualités, des analyses et des interviews pour décrire les réalités du développement durable en Afrique.

L'agriculture durable, une clé du développement pour l'Afrique

Mdme Adeline Flore Ngo Samnick en compagnie des 3 autres lauréats du concours du CIRAD
Mdme Adeline Flore Ngo Samnick en compagnie des 3 autres lauréats du concours du CIRAD

Comme chaque semaine, nous sommes allés à la rencontre des hommes et des femmes qui se battent pour le développement durable de l'Afrique. Et cette fois ci, nous avons posé nos valises chez mdme Adeline Flore Ngo-Samnick, la directrice générale d'AGRIPRO (Agriculteurs Professionnels du Cameroun)

Grâce à leur projet nommé "Vergers écologiques de Tayap", la jeune femme et ses collaborateurs ont remporté l'un des 12 prix du concours international "Challenge Climat Agriculture et Forêts", organisé cette année par le CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) pour encourager l'innovation agricole et lutter contre le dérèglement climatique. Et il faut dire que l'innovation est de taille: les jeunes gens ont en effet réussi à convaincre les habitants de Tayap( qui est l'un des 15 lieux du continent africain les plus menacés et les plus vulnérables au changement climatique) à arrêter la culture sur brûlis, à gérer durablement les forêts et à utiliser des alternatives de revenus durables (plantation d'arbres fruitiers, vente de récoltes en ligne, apiculture, écotourisme...)... le tout en seulement 5 ans (le projet a été fondé en 2010). Dans le village de Tayap, la vie s'est améliorée avec notamment la création des services de base (électrification, aduction de l'eau et assainissement) et les populations profitent d'un cadre de vie durable (réduction de la déforestation et meilleurs rendements des forêts, augmentation des rendements agricoles de 25%, préservation de la biodiversité). Par ailleurs, les femmes sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans l'entrepreneuriat grâce au fonds de microfinance local qui a été fondé par AGRIPRO.

Ecologique et Economique: Pouvez-vous vous présenter s’il vous plaît ?

Je m’appelle NGO SAMNICK Adeline, Sociologue de formation et Directrice Générale d’AGRIPO (Agriculteurs Professionnels du Cameroun).

Ecologique et Economique: Quelles sont les raisons qui ont motivé votre projet ?

Le projet naît d’une problématique de chômage. En 2009, moi et quelques jeunes diplômés du village décident de rentrer au village et mettre sur pied quelques champs pour avoir des sources de revenus constants et vivre du travail agricole. Malheureusement une grande partie de notre exploitation est dévastée par un feu de brousse voisin. Cette expérience malheureuse fut le déclic de cette longue et belle aventure, c’est ainsi que naît le projet « Vergers écologiques de Tayap » pour sensibiliser la population sur les dangers de l’agriculture itinérante sur brûlis. J’ai choisi de mettre mes compétences et mes qualifications au service d’un développement intelligent des villages africains. Le chômage et la pauvreté sont aggravés par des pratiques qui peuvent se résumer à « scier la branche de l’arbre sur laquelle on est assis ». Lutter en proposant des alternatives durables, tel est le moteur de mon engagement

Ecologique et Economique: Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

Notre première et réelle difficulté a été la sensibilisation écologique qui est par ailleurs économique et culturelle. Vous savez ! Les habitudes ont la peau dure, les populations reproduisent souvent ce qu’ils ont toujours eu l’habitude de faire. La sensibilisation écologique n’est pas facile. Notre approche a été de sensibiliser par l’exemple. Au début, notre groupe a commencé à pratiquer son agriculture différemment. On n’a décidé de ne pas faire comme les autres et on s’est dit que si on a les bons résultats, les autres vont nous suivre. C’est avec la qualité et la quantité de nos récoltes que notre approche a commencé à intéresser les autres. Cela a pris plusieurs années. Au fur et à mesure, les populations ont commencé à fonctionner par mimétisme. L’autre difficulté était surtout d’ordre financier. La logique des vergers écologiques demande 2 à 5 ans pour atteindre leur vitesse de croisière, les populations avaient besoin d’alternative pendant ce temps, c’est la raison pour laquelle on a introduit la microfinance pour soutenir les activités économiques des femmes. Enfin, il faut noter le manque d’infrastructures qui constitue un réel frein au développement dans notre village.

Ecologique Economique: Où en êtes-vous aujourd’hui et quelles sont vos satisfactions ?

Nos efforts ont permis jusqu’à présent d’obtenir des résultats concrets très positifs sur l’ensemble de la communauté, favorisant l’émergence d’une nouvelle dynamique. Pour ce qui est de « l’agriculture durable », 12 500 plants agroforestiers ont été reproduits pour restaurer les jachères agricoles, un champ semencier de 2 ha est mis en place, 60 hectares de jachères agricoles ont été restaurés en vergers écologiques (association intelligente de plus de 6 000 arbres fruitiers et de cultures vivrières conduites en agriculture biologique). Quant à « l’écotourisme », Deux écogîtes ont été construits avec une empreinte écologique réduite (matériaux locaux, main d’œuvre locale, panneaux solaires, récupération des eaux de pluie et exploitation de jardins potagers à proximité) et des activités écotouristiques ont été conçues pour les visiteurs : classes vertes, sentier des grottes, visites des exploitations agroforestières. Enfin, en ce qui concerne la « micro-finance solidaire », elle fournit des micro-crédits destinés aux femmes porteuses d’initiatives vertes, plus de 20 femmes ont été formées à la gestion du fonds rotatif et plus de 20 activités génératrices de revenus ont été financées. Le fonds suscite beaucoup d’intérêt de la part de la communauté.

Aujourd’hui je ressens une satisfaction immense. La communauté de Tayap s’est appropriée l’innovation, malgré le grand changement qu’elle implique dans ses pratiques habituelles. Les espèces végétales tels que le Gnetum sp ou le moabi qui avaient disparu au village avec la déforestation ont été réintroduites pour le bonheur des ménages. Le patrimoine culinaire et la phytothérapie sont de ce fait renforcés. Le projet a favorisé le renforcement des capacités des communautés rurales.

Ecologique et Economique: Quel conseil pouvez-vous donner aux jeunes qui souhaitent se lancer ?

A tous ces jeunes, je dis courage, patience et persévérance. Il ne faut jamais avoir honte de tomber, l’essentiel étant de se relever à chaque échec. La situation économique actuelle dans nos pays ne nous permet pas de rêver, nous devons faire face à cette réalité aussi triste soit-elle pour prendre en main notre destin. Je suis consciente que c’est pas facile pour un début, mais dans la vie rien n’est donné, tout est acquis au bout d’un certain effort, il ne faut pas se laisser abattre et élimer de son vocabulaire les mots tels que la fatalité…L’avantage de ce projet est qu’il peut être mené sans ressources externes ou avec peu de ressources externes. L’essentiel étant de se lancer avec une petite exploitation et voir les rendements par la suite.

Ecologique et Economique: Avez-vous un dernier message à faire passer ?

Au Cameroun et partout ailleurs dans les pays de l’Afrique subsaharienne, le patrimoine rural est une véritable richesse qui doit être valorisé. Un programme comme celui des vergers écologiques représente une lueur d’espoir car il apporte une solution aux problèmes de chômage urbain, d’exode rural et réduit les inégalités de développement existantes entre les villes et les campagnes. L’histoire des agriculteurs de Tayap et mon histoire personnelle sont étroitement imbriquées. L’incendie de notre exploitation, le spectacle de la forêt brûlée, inexorablement détruite, nous a fait réagir. Il était urgent de penser et de faire autrement. De façon collective, nous avons choisi de renforcer nos connaissances pour innover et essayer des pratiques porteuses à Tayap. Ce rêve qui devient réalité, nous souhaitons tous à Tayap, le partager pour faire reculer ici et ailleurs la pauvreté et augmenter la résilience des communautés rurales face au changement climatique. Mais l’histoire ne doit pas s’arrêter là, des efforts doivent être engagés pour enraciner le travail accompli et imaginer de nouveaux projets.

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