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Ce Blog se consacre au développement durable en Afrique. Il diffuse des actualités, des analyses et des interviews pour décrire les réalités du développement durable en Afrique.

Développement durable : la question des réfugiés climatiques en Afrique

Développement durable : la question des réfugiés climatiques en Afrique

Loin d’être une simple tendance ou un simple effet de mode, le développement durable est un concept réel et surtout plus que nécessaire sur notre continent. Si la théorie d’un monde qui permet à ses habitants de satisfaire leurs besoins actuels sans empêcher les générations futures de satisfaire les leurs peut paraître utopiste d’un premier abord, de nombreuses situations prouvent le contraire et montrent toute la nécessité de se développer durablement.

Nous prendrons aujourd’hui l’exemple des réfugiés climatiques qui sont aujourd’hui 8.2 millions en Afrique et qui pour de nombreux experts constitueront l’enjeu majeur de ce 21ème siècle.

Qu’est ce qu’un réfugié climatique ?

Le terme de réfugié climatique a fait son apparition dans les années 80. En 1985, le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) définit les réfugiés climatiques comme « ceux qui sont forcés de quitter leur lieu de vie temporairement ou de façon permanente à cause d’une rupture environnementale (d’origine naturelle ou humaine) qui a mis en péril leur existence ou sérieusement affecté leurs conditions de vie ». Selon les chiffres du site planetoscope.com, 1 personne déménage chaque seconde parce que les conditions climatiques ne lui permettent plus de vivre dans son domicile. Selon le rapport annuel Global Estimates du conseil norvégien des pour les réfugiés, publié le 20 juillet 2015, 19.3 millions personnes dans le monde ont quitté leurs domiciles pour des raisons climatiques. Par ailleurs, selon l’Organisation mondiale des migrations (OIM), d’ici à 2050, entre 200 millions et 1 milliard de personnes pourraient devoir quitter leur lieu de résidence actuel en raison des impacts liés au changement climatique. L’Asie occupe la première place des continents les plus touchés avec 87% des réfugiés climatiques (16.8 millions). Elle est suivie par l’Afrique qui a comptabilisé à elle seule 8.2 millions de réfugiés climatiques. Ces chiffres ont été principalement portés par le Nigéria puisqu’en 2012, 6.1 millions d’habitants de ce pays ont perdu leurs maisons à cause des inondations. L’exceptionnelle violence des inondations qui avaient frappé ce pays n’est pourtant que la partie visible de l’iceberg.

L’Afrique, un continent plus que concerné par les réfugiés climatiques

A première vue, il est facile de penser que le cas unique des inondations au Nigéria n’est qu’une manifestation ponctuelle des changements climatiques en Afrique. Il n’en est pourtant rien car toujours selon le rapport Global Estimates, sur les 20 plus grandes catastrophes naturelles de ces 6 dernières années, 8 se sont déroulées en Afrique.

Partout sur le continent, les effets du changement climatique commence à se manifester. Dans la région du Sahel par exemple, les pluies se font de plus en plus rares et irrégulières, obligeant les populations à se battre pour les points d’eau ou à s’exiler pour améliorer leur subsistance. Au Burkina Faso, par exemple, le réchauffement climatique s’est traduit par un bouleversement des saisons et des pics extrêmes de température qui perturbent l’agriculture. Au Sénégal, les villes de Bargny, Rufisque, Sindia et Joal/ Fadiouth sont menacées directement par l’élévation du niveau de la mer qui se traduit par des inondations, une érosion importante, la salinisation des terres et la dégradation des écosystèmes de mangrove. Par ailleurs, des résultats de l’étude sur ‘’L’évaluation de la vulnérabilité des communautés côtières et leurs stratégies d’adaptation aux changements climatiques dans les CLPA (comités locaux de pêche artisanale) de Joal Fadiouth, Sindia et Rufisque’’ ont montré que les revenus des pêcheurs deviennent de plus en plus faibles au Sénégal, allant de 100 mille à 300 mille francs CFA par mois selon les localités. Dans des pays comme le Bénin, qui sont également tributaires de l’agriculture et des saisons, le réchauffement climatique a occasionné une variabilité de la pluviométrie, une réduction de la saison agricole et une hausse des températures minimales. Les pays de l’Afrique de l’est subissent également le changement climatique avec des crises humanitaires au somalie et au Soudan du sud qui sont à l’origine d’un afflux de réfugiés dans les pays voisins du Kenya, de l’Ouganda et de l’Ethiopie.

Le déplacement des réfugiés climatiques a également des conséquences sanitaires causées par le manque d’accès aux soins des populations en déplacement. La hausse des températures pourra par exemple favoriser la transmission des maladies et les inondations entraîneront la prolifération des maladies infectieuses à transmission hydrique comme la dysenterie. En Afrique Australe selon Harald Welzer, d’ici 2100, 8 millions de personnes risquent d’être contaminées, notamment par la malaria.

C’est justement cette question du déplacement des réfugiés qui donne toute son ampleur à ce débat. En effet, les migrations des réfugiés climatiques vont également occasionner des perturbations des équilibres et mêmes des conflits. Dans les capitales africaines déjà surpeuplées, les déplacements des réfugiés climatiques augmentent le chômage et la pression démographique sans compter le fait qu’ils rendent les infrastructures insuffisantes. De même, cette situation crée des tensions dans les pays frontaliers où les réfugiés cherchent parfois à s’installer et même dans les pays plus lointains : en 2010, les réfugiés climatiques ont été près de 50 000 à demander asile aux Etats Unis, près de 47 000 à demander asile en France et près de 41 000 en Allemagne.

Certains experts vont même plus loin en affirmant que les changements climatiques ne font qu’aggraver les crises comme la crise malienne ou encore l’expansion de Boko Haram au Nigéria. Il y a donc urgence à lutter contre ce phénomène. Mais comment le faire ?

Comment faire face à la question des réfugiés climatiques ?

Pour François Gemmene, chercheur spécialiste dans les migrations environnementales, trois solutions sont envisageables actuellement. Il s’agit d’abord de la planification de la répartition des populations pour permettre d’éviter les zones à risques. Une deuxième solution serait la planification urbaine et la construction de digues pour éviter la montée des eaux. Et une troisième voie serait celle des systèmes d’alerte pour prévenir les populations en cas de catastrophes.

Au niveau de l’Afrique, ce sont plutôt des solutions pour l’agriculture qui sont mises en place à l’image de la méthode traditionnelle zaï qui permet aux agriculteurs de réhabiliter les sols fertiles et arides grâce à des micros bassins de plantations. Cette méthode, qui a été citée dans le rapport rédigé par l’ODI (Overseas Developement Institute) est jugée plus que prometteuse. Elle est l’une des cause des bons résultats enregistrés par le Burkina Faso en termes d’adaptation au changement climatique et est une parfaite illustration du développement durable : cette pratique est traditionnelle et préserve l’environnement. Toutefois, elle peine à se généraliser à cause du manque de coordination entre les différents acteurs publics et privés du pays. Le constat est le même dans de nombreux autres pays où les techniques existent mais restent peu vulgarisées.

En conclusion, il est important de reconnaître l’existence des réfugiés climatiques et surtout l’ampleur néfaste que pourrait prendre le phénomène si rien n’est fait. Déjà, la COP21 a pris acte de cette réalité et les 195 pays présents ont résolu d’atteindre les 2°C. Reste désormais à passer à l’action et à amorcer une véritable politique de développement durable et responsable.

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